Du 22 au 28 août 2008 en coproduction avec France Culture
La mousson d’été, rencontres dramaturgiques internationales. et Université d’été européenne
A L’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson - Lorraine
spectacles – concerts – lectures – conférences - rencontres
Les habitués le savent déjà, les autres ne vont pas tarder à le découvrir : la Mousson d’Été n’est pas un festival comme les autres. C’est une manifestation qui se situe sur l’autre rive du théâtre. Loin des carnavals à deux balles, des hypermarchés culturels, des rendez-vous mondains, la Mousson invite à l’exploration de territoires cachés, à la rencontre de configurations intimes, au partage de fulgurants désirs … La Mousson fait pénétrer un certain public dans la fabrique du théâtre d’aujourd’hui. Encore ne suffit-il pas d’afficher l’excellence du projet, il faut la démontrer. La Mousson d’Été se distingue, d’abord, en affirmant la prééminence et la pluralité des écritures. Au principe : du théâtre qu’elle défend, il y a une dramaturgie. La Mousson commence, toujours, par un auteur qui écrit. Telle est la caractéristique essentielle de l’événement : si le travail de la langue (écriture, réécritures, traduction…) s’accomplit dans le secret d’un espace mental et privé, la Mousson ouvre des lucarnes directement sur l’atelier de l’auteur. Elle prend le théâtre en amont, bien avant les décors et les costumes, avant la production et les effets de mise en scène. La Mousson ordonne une première lecture. Et le miracle commence. Car, pour peu qu’on dispose d’un endroit (il est magnifique, tant mieux!) et de quelques acteurs (ils sont excellents, bravo!), le dessin théâtral contenu dans l’écriture se dévoile et l’imagination prend forme. L’intuition se transmet, l’émotion se propage. On va bientôt savoir ce qu’ils ont dans le ventre, et où ils veulent en venir, ces auteurs qui acceptent le jeu de ce rassemblement improbable, de cette configuration inédite des spectateurs penchés sur leur épaule et qui les regardent écrire
Être à la Mousson, c’est prendre place sur le pont supérieur du navire et voir venir à soi l’horizon d’un théâtre neuf. Se mettre à l’heure ? Anticiper, plutôt ! Et réfléchir, dans le même temps, aux enjeux esthétiques de ce qui se dévoile, s’interroger sur la place et le rôle de nouveaux objets dans le paysage dramatique actuel. Telle est la seconde originalité. La Mousson a inclus dans son dispositif une structure « universitaire », des ateliers de recherche qui permettent à des étudiants, des enseignants et des professionnels, placés sous la direction d’éminents spécialistes, d’échanger leurs réflexions, d’expérimenter leurs intuitions, abordées dans le texte sous un angle théorique et pratique à la fois.
Quoi, encore ? Le fait que la Mousson, dont on dit qu’elle n’est pas un festival comme les autres, soit aussi un moment festif et exaltant. Qu’il soit à la fois important et plaisant d’y être. Que le plaisir de la découverte artistique s’y accompagne toujours de celui d’une convivialité musicale et dansante. C’est sans doute ce qui fait que le festival n’usurpe pas son nom exotique. La Mousson nous bouleverse profondément, elle transforme radicalement notre sensibilité, modifie notre écoute, élargit le champ de notre regard. Elle nous amène sur l’autre
La planète se réchauffe ? Ne partez pas en Indes cette année, restez à Pont-à-Mousson
O.G
L’Université d’été européenne 2008, L’autre face de la Mousson
Chaque année, fin août, dès 9h30 du matin, une activité intense et souterraine agite les couloirs et les salles de l’Abbaye des Prémontrés. L’Université d’été européenne, la face cachée de la Mousson, ouvre le cours de journées d’études qui ne s’achèveront que tard la nuit pour quelque 70 stagiaires venus à Pont-À-Mousson faire le plein d’écritures contemporaines.
Enjeux
Dirigée par un responsable pédagogique, Jean-Pierre Ryngaert (professeur d’études théâtrales à l’Université de Paris Sorbonne Nouvelle, après des passages dans des Facultés québécoises, canadienne et américaine), l’Université d’été, fondée par Michel Didym, se coule dans le rythme de la Mousson dont elle épouse, depuis les origines et dans l’ombre, les épisodes et les propositions sans que les spectateurs soupçonnent son existence. Sa vocation : l’observation et l’analyse pratiques des écritures proposées au public, sous forme de lectures et de mises en espace pendant les Rencontres. Une approche dramaturgique concrète qui s’effectue, parallèlement à l’effervescence des spectacles, dans le calme de séances de travail privées. C’est une formation continue dont l’enjeu principal est de mettre en contact les participants avec un ou des textes de la Mousson, ainsi qu’avec les auteurs présents, puisque l’intérêt est bel et bien de profiter de l’activité « festivalière » des Rencontres, une activité qui n’est que la part émergée et spectaculaire d’un iceberg aux multiples contours.
Les stagiaires
L’Université d’été, c’est un temps d’immersion absolue pour quelque 60 à 70 stagiaires venus de France et d’Europe, et qui, jour après jour, dans une connivence et une familiarisation accrue, décryptent les tenants et les aboutissants des dramaturgies contemporaines qu’on soumet à leur appréciation. Ces participants, de toutes générations, sont fréquemment des enseignants en formation ou des professionnels du théâtre. On croise des étudiants, des chercheurs, des auteurs, des acteurs, des metteurs en scène. Bref, un mélange hétéroclite de professionnels plus ou moins proches du plateau qui s’engagent à fond dans cette exploration in vivo du répertoire contemporain.
Les enseignants
Quatre enseignants accompagnent ces stagiaires, les guident et les encouragent sur ce trajet qui, pour certains, relève d’une pleine initiation, pour d’autres, d’un désir d’approfondissement. Une équipe composée Jean-Marie Piemme, auteur, de Joseph Danan, maître de conférence à l’institut d’Etudes Théâtrales de L’Université de Paris III, auteur dramatique et dramaturge, Eioi Recoing, metteur en scène, dramaturge et traducteur, et bien sûr, le directeur pédagogique, Jean-Pierre Ryngaert.
Les matinées de l’Université
Le déroulé des journées est soigneusement défini par Jean-Pierre Ryngaert, éminence grise exigeante, qui a établi un dispositif rigoureux : 4 ateliers se déroulent le matin dirigés par les 4 enseignants. Ils réunissent chacun quinze à vingt stagiaires qui s’attellent ainsi, toute la semaine, à un corps à corps soutenu avec un ou deux textes choisis par leurs « professeurs » respectifs. Chacun des enseignants procède ensuite comme il le souhaite à l’intérieur des séquences matinales dont il est en charge. Mais l’esprit demeure le même pour tous : une approche concrète des écritures. L’objectif avoué est de créer une circulation de la parole entre auteurs, metteurs en scène, traducteurs et stagiaires dans un esprit de respect et de curiosité. Cette parole se définit, s’invente et s’élabore au cours de séances inventives, créatives, ni didactiques, ni académiques. Aux abstractions et théories univoques appréhendées au cours de leçons figées et rigides, Jean-Pierre Ryngaert substitue une compréhension sensible, affective, qui veut mettre, en quelque sorte, de l’intérieur, les participants en relation avec les textes. Cette parole se développe donc à partir des pièces choisies pour la Mousson, elle s’en nourrit stricto sensu. C’est une parole vivante et dynamique, qui génère des ateliers d’une grande singularité.
C’est là une des spécificités de l’Université d’été européenne : sa corrélation permanente et immédiate au concret des lectures et des mises en espace qui se déroulent jusque tard la nuit, en public, dans les multiples salles de l’Abbaye.
Les après-midi de l’Université
Temps fort et particulièrement intense de l’Université d’été : les Rencontres très formelles
Une idée chère à Jean-Pierre Ryngaert. Ce moment original met face à face un auteur et son public. Ces rencontres, au nombre de deux, se déroulent à 16 h. Particulièrement structurées, d’une durée de 2 heures, elles répondent à un protocole précis et qui permet l’émergence d’une discussion ouverte, sans à priori ni agressivité, sans emportements ni débordements. Enfin, une table ronde/débat directement reliée à la programmation de la Mousson, sera l’occasion de conversations animées avec les auteurs européens conviés aux Prémontrés. (NB : Toujours à l’affût de nouveaux dispositifs pour favoriser le dialogue entre artistes et stagiaires, Jean-Pierre Ryngaert envisage l’instauration d’instants conviviaux qu’il intitule « manger avec l’auteur » et qui prendront la forme, au cours de repas partagés entre stagiaires et auteurs d’échanges informels et détendus.)
Ainsi blottie à l’ombre de la Mousson, discrète, peu démonstrative, L’Université d’été européenne s’affirme comme un rouage essentiel des Rencontres. Palpitation silencieuse, pouls battant une autre cadence, loin du spectaculaire, l’Université d’été est un temps singulier et unique de confrontation entre théorie et concret, un espace inédit où la réflexion ne cesse de se nourrir du vivant. L’université d’été puise ainsi son dynamisme et sa légitimité dans l’incessant aller-retour entre le visible et l’invisible.
JG
